Le changement ne sera pas linéaire, il n’affectera pas tous les pays de la même façon et il sera d’abord caractérisé par une instabilité du climat. Les pays du Sahel subiront une forte pression au Nord. Une partie des populations les plus exposées aux réchauffements de la planète se déplacera vers le Sud et cherchera à obtenir une part des ressources limitées comme l’eau et les terres arables. Ce sera un choc social pour les populations déjà installées et les autorités politiques devront démontrer une grande capacité de leadership pour limiter les conflits. Toujours sous les aspects sociétaux, la réduction du volume des précipitations et le déplacement des saisons risquent d’appauvrir toutes les populations vulnérables des pays en voie de développement.Ces populations attendront de l’aide, une aide de plus en plus sollicitée, qui n’arrivera pas à s’ajuster à court terme. Les Etats faibles de la région, ceux qui sont au prise avec des rebelles, seront d’autant plus affaiblis. Les rebelles et opposants peu responsables utiliseront l’insatisfaction populaire pour proposer de nouveaux gouvernements (de facto o de jure) ou même de nouveaux Etats. Pour tous les pays, la variabilité des récoltes affectera non seulement les populations, mais aussi la capacité opérationnelle des Etats. Dans toute l’Afrique, la pression sur la portion du PIB (produit intérieur brute) provenant de la production agricole, de l’élevage et de la pêche sera à la baisse. Ce qui entraînera la baisse des recettes fiscales des États. Cette situation aura aussi un impact sur l’inflation et sur le revenu réel et le niveau de vie des habitants. Elle détériorera la distribution actuelle de la richesse. Ceci se manifestera par une insatisfaction exprimée en ville, souvent par les jeunes gens. Ajoutons aussi que les investissements faits en ce moment à proximité des zones à risques sans études environnementales de qualité (considérant les prochains changements) risquent d’être inadaptés. De nouveaux investissements seront nécessaires et ces sommes seront prélevés sur l’Aide aux victimes des changements climatiques. De nouveaux investissements seront aussi nécessaires pour entretenir certains centres urbains, les monuments et maintenir le niveau de vie des populations malgré le coût de l’essence qui serra de plus en plus élever. Je passe sous silence les risques sanitaires comme l’augmentation des cas de malaria, de choléra, etc. Les ministères de l’Environnement et de la protection de la nature pourraient se retrouver subitement sur le front de l’Aide et des dépenses publiques. La hausse du niveau de la mer va saléniser en partie les nappes phréatiques qui abreuvent les villes côtières d’Afrique, la variabilité des revenus due aux fluctuations de la production agricole va s’accentuer, des phénomènes extrêmes dont les inondations vont se répéter et la désertification va augmenter. L’heure de la prévention est passée ; nous sommes dans la gestion de la crise climatique. De ce fait les Documents de stratégie de croissance et de réduction de la pauvreté, si importants en ce moment pour l’attribution de l’Aide, devront être supplantés par les Programmes d’Actions nationales d’Adaptation (NAPA).                                         Par Martial ODEN BELLA et Michel FILION ( QUEBEC)

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HOW_THE_CLIMATIC_CHANGE_AFFECT_WILL_THE_AFRICAN_CONTINENT